UNE VIE D’ACTION CONTRE L’INJUSTICE ET I’INEGALITE
Magdeleine Deland-Mailhiot est une pionnière de l’Association des bénévoles qualifiés fondée en 1975 pour aider les jeunes en difficulté. Car pour qui veut servir, secourir, aider, point n’est besoin de suivre Mère Thérésa autrement que par l’exemple: à n’en pas douter Ie tiers-monde est ici et maintenant. Magdeleine Deland-Mailhiot le sait, elle qui fondait il y a deux ans GRAIM, ce groupe d’action contre la faim (qui agît dans quatre points de service dans le grand Montréal-métropolitain)
Magdeleine Deland-Mailhiot, est une dame élégante aux cheveux argentés. Elle célébrera ses soixante-dix ans sous peu. Après deux décennies de bénévolat à temps plein, elle voulait prendre sa retraite. Mais ce qu’elle voit, ce qu’elle entend, ce qu’elle sait l’empêche de mener la vie bien douillette qu’elle pourrait aux côtés de son mari qui, lui, a pris sa retraite mais partage ses intérêts p0ur la bonté fondamentale. Il la reconduit, en effet, où les besoins des autres l’appelle. Ils ont une cause commune, outre leur famille, c’est la justice et l’amour des humains.
A écouter la radio, à regarder la télévision, à lire les journaux, on ne peut pas savoir que le coeur humain a autant de générosité. Parce que le bien et l’amour travaillent en silence, qu’il ne fait pas d’éclat mais agit. C’est pourquoi, le partage du Témoignage sur le sens de la vie d’une personne tel Madgeleine Deland-Mailhiot apporte espoir et crée un effet d’entraînement.
Une femme bien née
Aînée de sept enfants, dont le père faisait partie de quatre générations de notaires, Magdeleine reconnait être née dans un environnement favorable au partage.
Mes tantes appartenaient à la communauté de Sisters of Service qui venait en aide aux jeunes filles immigrantes et seules. Ma mère était bonne et généreuse.
Oscillant entre le droit et le service social, c’est cette dernière formation qui l’emportera.
L’aide dépersonnalisée
Quand on se contente de combler un besoin comme le fait l’Etat, d’expliquer Madame Deland-Mailhiot, l’aide est si dépersonnalisée qu’il devient nécessaire de s’impliquer. Ma vie fut facile, explique-t-elle. Nous pouvons mettre en évidence des difficultés plutôt que le bien que nous avons partager mais avouons que notre vie était plus simple, que nous avions des valeurs qui nous aidaient à vivre.
Aujourd’hui, les valeurs fondamentales qui animent les humains sont moins à l’honneur. Nous, ajoute-t-elle en souriant, nous étions plutôt comme des enveloppes à saucisses, nous passions dans un moule et sortions prêts en quelque sorte à affronter la vie. Nous étionsélevés par des parents qui ne remettaient jamais en question la famille, l’éducation et les vertus. On se mariait, devenait des parents sans trop se poser de questions. La vie était simple, naturelle et coulait de soi. Aujourd’hui, nos propres familles, nous font voir les inégalités. Nos propres enfants ne naissent pas nécessairement avec des chances égales au bonheur.
Contre l’injustice : l’action!
Cultivée, Magdeleine Deland-Mailhiot lit beaucoup et sans lunettes.
Ça aussi, reconnait-elle, c’est injuste puisque je ne fais rien de spécial, ne surveille pas mon alimentation, ne me soumets à aucun régime particulier pour avoir la forme physique et lire comme ça, sans lunettes, à près de 70 ans.
L’oeuvre de Dostoïevsky l’a plus profondément interpellée:
La souffrance de ses personnages a un sens ; elle sert à l’évolution des autres. Cette notion de l’agneau de Dieu qui porte les péchés du monde parfois d’une manière inconsciente me parle. Dans l’oeuvre de Dostoïevsky, selon moi, la souffrance révéle la communion des saints là où le fardeau se transforme en grâce.
Elle ajoute:
On parle de la montée de violence dans le monde, des luttes raciales, on parle beaucoup moins de ces actions bénévoles, de ces gens qui luttent quotidiennement dans l’ombre pour réduire l’inégalité, l’injustice, pour donner à manger à ceux qui ont faim et espoir à ceux qui l’avaient perdu. Ces actes n’ont pas l’éclat médiatique et c’est très bien ainsi parce qu’ils ne sont pa.s faits pour que la personne soit reconnue mais pour établir une relation avec l’autre.
Tous les lundis, Magdeleine se rend à un marché Métro de Laval où le gérant, Monsieur Tremblay, lui donne fruits et légumes qu’elle lave et prépare pour ses jeunes de l’école Julien Emard où la directrice, Madame Davidson, veuille à un partage personnalisé:
Il ne suffit pas de donner de la nourriture. Tout est relation. Prendre de la nourriture et la redistribuer ne suffit pas. La relation est importante.
Magdeleine Deland-Mailhiot préfère passer sous silence les difficultés que crée le système face aux gestes charitables. Dans une société où tout est institutionnalisé où l’Etat-Providence a promis de s’occuper de tout, le sens du don semble superflu ou le fait de marginaux bizarres. Une société institutionnalitée peut donner lieu à un semblant d’Etat-Machine où l’action bénévole peut sembler embarrassante· voire même encombrante. C’est pourquoi il semble si rare de voir un humain répondre à un humain.
Je n’ai pas de réponse à l’injustice. Ces questions m’ont toujours tourmentée c’est pourquoi j’y réponds par l’action.
Témoignage de Magdeleine Deland-Mailhiot – Le Carrousel – émission du 9 mai 1992
par Colette Chabot




